Membre fondateur de l’ex-mythique groupe ivoirien Woya dans les années 1980, le talentueux bassiste César Anot continue sa carrière avec succès à Paris, depuis une trentaine d’années. Liberté l’a déniché au bord de la Seine.
. Que devient le bassiste César Anot, depuis l’épopée du groupe Woya dans les années 1980 ?
- Je crois que beaucoup de personnes ont perdu ma trace après Woya, alors que, pour moi, l’aventure ne faisait que commencer. J’ai été l’un des membres fondateurs de Woya et un des compositeurs des chansons qui ont révélé le groupe au grand public. Notamment ‘’Chèque sans provisions’’, ‘’Belinda’’, ‘’Kacou Ananzè’’, ‘’Marguerita’’, et ‘’Woya cherché’’. Mais très tôt, j’ai choisi d’élargir mon horizon. Cette décision m’a conduit en France sur les plus grandes scènes internationales, où j’ai accompagné des artistes d’exception.
. Pouvez-vous citer quelques-uns ?
- Pendant plus de vingt-cinq ans, j’ai été le bassiste de Tony Allen, l’un des créateurs de l’afro-beat. Je travaille également avec le groupe français de musique corse I Muvrini depuis 1999, en tant que bassiste, chanteur, arrangeur et compositeur. Sans oublier Cheick Tidiane Seck, Damon Albarn, Martin Solveig, Souad Massi, Mory Kanté, Lucio Dalla et bien d’autres.
. Vous étiez l’un des membres fondateurs de Woya. Pourquoi avez-vous quitté le groupe à l’époque pour vous installer en France ?
- C’est une question importante, car mon départ a parfois été mal interprété. À l’origine, nous étions de jeunes musiciens réunis par une même passion : la musique. Après plusieurs années de succès, nous avons commencé à nous interroger sur l’avenir du groupe et sur son organisation. Nous avons pris la décision de faire une pause, afin de trouver des solutions et préserver l’esprit qui nous avait réunis. C’est dans ce contexte que je suis parti en France en 1989. Mon départ n’était pas une fuite, ni un abandon de Woya. J’espérais simplement que la distance et le temps permettraient d’apaiser les choses et de retrouver une nouvelle dynamique. Malheureusement, j’ai appris par la presse l’annonce de la dissolution du groupe.

. Que retenez-vous de votre expérience avec les Woya ?
- Woya a sans doute été la plus belle expérience de ma vie de musicien. Bien sûr, il y a les chansons, les concerts, le succès et l’affection du public. Mais, au-delà de tout cela, Woya m’a appris des valeurs qui ne m’ont jamais quitté : l’humilité, le goût du travail bien fait, la rigueur, la discipline et le respect des autres.
. Comment expliquez-vous que les célèbres formations musicales de l’époque, n’aient pas généralement résisté au temps ?
- Je pense que beaucoup de groupes africains de notre génération ont été victimes de leur époque. Nous étions avant tout des musiciens passionnés. Nous avons créé des groupes avec notre cœur, sans toujours disposer des structures professionnelles qui existent aujourd’hui, comme le management, l’accompagnement juridique, la gestion des droits et la stratégie de carrière. Les conflits de leadership et de répartition des gains y étaient aussi pour beaucoup. Même aujourd’hui.
. Quelle est votre actualité musicale à Paris ?
- Je continue la promotion de mon album Acacia et de Superstition (Amoui), un single très important pour moi. Il rend hommage à feu Tony Allen, un grand batteur d’origine nigeriane, avec qui j’ai eu la chance de partager plus de 27 années de musique. Ces deux oeuvres sont distribuées par Universal Music et se trouvent sur toutes les plateformes musicales.
. Le titre Superstition ou Amoui en baoulé, est une adaptation de la chanson de Stevie Wonder, c’est bien cela ?
- Oui, c’est une adaptation du titre mythique Superstition de Stevie Wonder. Je l’ai revisité avec une couleur afro-beat et un texte en baoulé que j’ai intitulé Superstition ou Amoui, qui signifie fétiche.
. Comptez-vous reprendre aussi des classiques ivoiriens, même de Woya ?

- Pourquoi pas ? D’ailleurs, cette réflexion fait déjà partie de mon chemin artistique. Lorsque l’on a participé à écrire une partie de ce patrimoine, il est naturel d’avoir envie de le transmettre. Je souhaite construire un pont entre la mémoire et l’avenir.
. Quand vous reverra-t-on sur scène à Abidjan ?
- J’espère très prochainement. La Côte d’Ivoire reste le pays où tout a commencé. C’est là que je suis devenu musicien et l’aventure Woya a vu le jour. Revenir sur une scène à Abidjan serait bien plus qu’un concert. Ce sera un rendez-vous avec mon histoire, mes souvenirs et le public qui a accompagné les premiers pas de mon aventure musicale.
Par Eric COSSA