Entre parade lagunaire, danses guerrières et hommage aux ancêtres, le village de Vitré 2 à Grand-Bassam a vécu du 29 avril au 3 mai 2026 une fête de génération haute en couleur. Récit d’une tradition bétibé qui transforme le souvenir des luttes en liesse populaire.
Vitré 2, 1ᵉʳ mai 2026 – Il est 12h05 ce vendredi 1ᵉʳ mai 2026. Le soleil est au zénith quand la parade lagunaire rejoint la terre ferme. La scène déclenche une réjouissance populaire indescriptible. C’est l’une des étapes majeures de la fête de génération en pays bétibé, ici à Vitré 2, dans la commune de Grand-Bassam. Autochtones, allogènes et visiteurs curieux se mêlent à la liesse carnavalesque. Flûtes, castagnettes traditionnelles, tambours et tambourins s’accordent pour créer un rythme dansant et saccadé que les femmes accompagnent d’un chant mélodieux. De leurs voix puissantes, les hommes entrecoupent les chansons féminines pour lancer les slogans usuels connus de tous. Après quelques secondes d’arrêt, l’ambiance reprend et la procession continue. Elle parcourt les ruelles du village pour s’intensifier à la place publique, après des escales chez les doyens d’âge et au cimetière. « Ce 1ᵉʳ mai, nous avons la parade lagunaire. Nous sommes un peuple lagunaire. Nous partons donc de la terre à la lagune qui est notre source de vie. Nous allons remercier les esprits sur la lagune pour nous avoir gardés pendant une année, pour nous avoir donné à manger et à boire pendant 12 mois », a expliqué Aspa Huberson, chef de la génération Begnini de Vitré 2. « Après, il y a la danse guerrière sur la partie terrestre qui se manifeste quand nous allons descendre de la lagune », ajoute-t-il.



Tout a démarré le mercredi 29 avril 2026 par une opération don de sang. Le jeudi 30 avril, place à la retraite aux flambeaux. Pour M. Huberson, ce moment permet au peuple bétibé de se rappeler de ses ancêtres et de les convier à la cérémonie du 1ᵉʳ mai : « Nous avons allumé le feu pour les appeler ». Le samedi 2 mai, le village a vécu une nuit féérique avec un grand concert offert gracieusement à la population par le comité d’organisation. Le dimanche 3 mai a été jour de reconnaissance : « Nous sommes allés dire merci à Dieu suprême à l’église ».



Directeur administratif et financier d’une société immobilière de la localité, Aspa Huberson rappelle que la fête de génération est célébrée à Vitré 2 chaque 1ᵉʳ mai. « Avant, c’était la guerre entre le peuple éhotilé, dont les Bétibé font partie, et d’autres peuples pour sauvegarder leur terre », raconte-t-il et de poursuivre : « Aujourd’hui, ces moments de belligérance sont devenus culturels. C’est leur mémoire que nous sauvegardons pour dire qu’à un moment de la vie, nous nous sommes battus pour avoir notre liberté, pour avoir ce territoire ».




Du Ghana à Vitré 2, le parcours fut jalonné d’affrontements avec les Agni, les Ebrié… « Aujourd’hui, nous sommes sur une terre paisible », souligne le chef de génération. « Mais nous nous rappelons que ça n’a pas été facile. Même si la guerre n’est plus physique, c’est sa remémoration que nous célébrons pour dire que ça n’a pas été aisé de nous installer sur cette terre ».
À l’instar d’Ebrah, de Moossou ou du pays ébrié, tous du groupe akan, les Bétibé ont donc honoré, ce 1ᵉʳ mai 2026, leur traditionnelle fête de génération, entre réjouissance et remémoration. Cette édition a été parrainée par Amadou Saley, cadre aux impôts et fils du village.
Par D.T