. « A la Can 2025, les joueurs n’ont pas été méchants sur le terrain »
Rentré le dimanche 1er mars 2026 au pays pour les préparatifs du concert marquant les 40 ans de sa carrière musicale, Gadji Celi s’est confié à 7Culture. Il parle de ce qui l’a éloigné du pays, son spectacle à venir, de sa vie familiale, et des Éléphants.
. Vous rentrez au pays après un long moment d’absence. Quelles sont les nouvelles, comme on le dit communément ?
- A l’occasion de la grave crise qu’a connue la Côte d’Ivoire, je me suis retrouvé sans abri. C’était très difficile pour moi, parce que la maison dans laquelle je vivais avait été prise. Les gens de mon quartier en ont été témoins. J’étais donc dans l’obligation de me débrouiller, comme on le dit chez nous. Je suis allé au Ghana. Du Ghana, j’ai continué en France. Dans l’Hexagone, j’y ai passé 12 ans. Je suis revenu en Côte d’Ivoire à l’occasion de la Can 2023. Cela m’a fait énormément plaisir. J’ai commencé à me réinstaller petit à petit. J’ai retrouvé mes amis, le monde de la presse et tous ceux qui avaient travaillé avec moi. Aujourd’hui, je suis en train de me réinstaller progressivement en Côte d’Ivoire.
. Vous vous réinstallez de façon définitive en Côte d’Ivoire ?
- Oui, c’est mon pays. Il est très important pour moi de retrouver la chaleur de mes frères, de mes amis et des personnes du quartier. Mes petites sœurs et les enfants de la famille Wollé Basile sont d’ailleurs venus me voir. Ils sont là et cela me fait énormément plaisir.
. Vous êtes annoncé pour un concert le 4 avril prochain au Palais de la culture de Treichville. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
- Le 4 avril, ce sera le lancement de la célébration de mes 40 ans dans la musique ivoirienne. J’ai débuté ma carrière en 1985. Aujourd’hui, cela fait en principe 41 ans. Mais j’ai préféré laisser passer les élections présidentielles en Côte d’Ivoire. Maintenant, je peux célébrer ces 40 ans. C’est une grande joie pour moi, parce que dans ce milieu, la concurrence est rude. Les mélomanes ont toujours envie d’entendre de nouvelles sonorités. Pendant 40 ans, je suis resté dans l’esprit et dans les oreilles des gens. On ne peut que dire merci à Dieu, puis continuer d’avancer. C’est ce qui explique pourquoi j’ai décidé de célébrer ces 40 ans le 4 avril 2026. Je demande à toute la Côte d’Ivoire de venir me soutenir, parce que 40 ans, ce ne sont pas 40 jours et les choses n’ont pas toujours été faciles.
. Dans quel état d’esprit vient Gadji Celi pour ce spectacle ?
- Je viens avec beaucoup de joie et de reconnaissance. Ce concert est une manière de dire merci au public ivoirien pour toutes ces années de soutien et de fidélité. Je viens dire aux plus jeunes qu’il faut garder l’humilité, il faut avoir à l’esprit le professionnalisme dans ce qu’on fait. Leur dire que quand on travaille bien, cela vous permet de durer dans le temps et d’être reconnu dans son pays comme un grand artiste. Ça fait toujours plaisir de savoir qu’un pays compte sur quelqu’un dans un domaine précis. Ce que nous faisons va rester sur terre quand nous ne serons plus là. Mais nous, serions content d’avoir donné les armes à la jeune génération de suivre ce qu’on a fait et de parachever ce qu’on ça pas pu faire. Nous sommes content d’être des pionniers dans le domaine et on espère que la nation va reconnaître ce qu’on a fait.

. Avez-vous l’impression que la nouvelle génération suit vos pas, ce qui vous permet d’être toujours d’actualité durant plusieurs décennies ?
- Il faut qu’on les emmène à nous suivre. Il faut qu’ils suivent pour que notre art reste éternel. Je pense que s’ils prennent les bons exemples que nous sommes, les choses peuvent aller pour le mieux.
. Pour le concert, vous jouerez avec votre fameux orchestre King Fusion ?
- Le King Fusion est là. Vous avez vu, quand je suis retourné en Côte d’Ivoire, le King Fusion a joué à l’hôtel Ivoire et au palais de la culture. Je voulais rentrer au pays non pas en politique ou en exilé, mais en musique. C’est pour ça que j’ai fait mes deux concerts lorsque je suis venu. Le King Fusion était là et les sons étaient impeccables. Le King Fusion, on est toujours ensemble. Il faut venir les voir et les écouter. Ce sera quelque chose de magique.
. Justement, qu’est-ce que vous promettez en termes de spectacle au public ?
- Ce que le public a demandé et ce qu’il demande toujours. Le public qui suit un artiste pendant 40 ans grandit avec ses chansons, grandit avec ses mélodies. Ils ont besoin de ça. C’est vrai qu’il y a une génération qui est venue avec des choses plus hard, etc. Mais notre culture est dans la mélodie, notre culture est dans les textes. Donc je pense qu’ils auront ça. Ils auront ce qu’ils attendent.
. Le public peut-il s’attendre à une nouvelle sortie musicale ?
- Oui, il y a un son. Je prépare une sortie. Il y a un album qui est en préparation. Avant l’album, je vais certainement sortir un single avant de relancer les choses. Mais déjà, ceux qui viendront pourront découvrir ce single. En termes de surprises aussi, il y en aura. Tous ceux qui ont apporté quelque chose à ma carrière seront invités. Comme je l’ai dit, ce sont mes 40 ans et donc ce sera la fête. Autre chose, nous allons célébrer aussi Boncana Maïga, qui est décédé. C’est lui qui a fait Gadji Celi au départ. C’est par lui que tout a commencé et il est important pour nous de le célébrer. Il y a Koudou Athanase qui est arrivé pour ce concert.
. Gadji Celi, c’est pratiquement un apôtre de l’amour. Les femmes auront-elles une place de choix à ce rendez-vous ?
- Les femmes, je n’ai pas besoin de les inviter. Elles savent que je suis l’un de leurs défenseurs. C’est leur spectacle. Elles seront présentes. Qu’elles viennent avec leurs hommes, leurs gars, leurs copains. On va les célébrer. Moi, je pense que la Côte d’Ivoire a besoin de ça. On a besoin d’être ensemble. Je pense que si on n’est pas ensemble, si on ne se sent pas unis, ce n’est pas bon. On doit vivre ensemble. On doit s’aimer entre nous pour faire avancer notre pays. Je suis un peu celui qui, au centre de tout ça, peut ramener cette cohésion, cette paix. Pensons-y et venons au concert.
. En 40 ans, quel bilan faites-vous de votre carrière ?
- Le bilan est satisfaisant. 40 ans, ce n’est pas 40 jours. Nous sommes partis d’’’Eléphant 86’’, ‘’Eléphant 88’’, ‘’Eléphant 90’’ et on a fini sur ‘’Éléphants 92’’. Après on attaque avec ‘’Asec Mimosas’’, ‘’Et Dieu créa l’Asec’’, ‘’Rassemblement Mimos’’, ‘’Attention Mimos arrivent’’… Ça, c’est le football. Après ça, on sort ‘’King Solo’’, ‘’You Tamalemin’’, ‘’Femme des feux’’, ‘’Affaire des femmes’’… Je vais en exil et je sors ‘’AFD : Amour, Foyer, Problèmes’’, ‘’Ça djô’’. Bref, je parviens à faire 40 ans. Honnêtement, c’est à vous de dire si mon bilan est positif. Mais je me, dis que j’ai réussi une reconversion. Faire le football, glaner des trophées, être champion d’Afrique et persister à la musique jusqu’à présent. J’ai vraiment réussi une reconversion. Je remercie le Seigneur parce que le football et la musique sont deux passions pour moi. J’ai joué au football, j’en suis sorti avec le trophée continental. Je voulais chanter, je suis encore dedans malgré les nouveautés dans le milieu. Qu’est-ce que je peux demander encore au bon Dieu ! Merci au Seigneur pour m’avoir tracé ce chemin. Qu’est-ce que je peux lui demander encore !

. Peut-être que pour le prêtre de l’amour que vous êtes, c’est d’avoir tous ses enfants et une femme pour partager son quotidien ?
- Les enfants de Wollé Basile sont là. J’ai grandi chez quelqu’un. Je n’ai pas grandi dans ma famille. Je suis allé me battre dans la vie. Je suis allé dans une famille. Celui qui m’a accueilli, ce sont mes enfants. Je pense que Dieu rend à ceux qui ont le cœur ouvert, le cœur blanc, ceux qu’on s’identifie. On ne peut pas bénéficier des conseils, de la sagesse de leur papa. Et puis, les oublier. Ils sont là.
. Que deviennent les enfants biologiques de St- Jo ?
- Ils sont là. Ils sont en France. Guy Ange et Tallo Gadji qui a fait un passage dans la sélection ivoirienne des Éléphants. Ils sont tous là. Ils sont devenus grands. Le football s’arrête à 33 ans, 35 ans maximum. Ils sont adultes et ont des enfants maintenant. Il faut bien que Gadji se remarie (rire). Elle est là et le mariage se fera bientôt. Je suis en train de sortir de cette carrière de musique pour terminer tranquillement ma vie. Le mariage, c’est pour très bientôt.
. Un mot sur la prestation de vos cadets les Éléphants à la dernière CAN 2025 ?
- C’était une belle équipe. Mais les joueurs n’ont pas été méchants sur le terrain. Nous avons été trop, trop gentils. Il y a peut-être le discours des vestiaires qui a joué. Je n’ai pas vu dans le comportement des jeunes contre l’Égypte, cette révolte. Mais, je suis convaincu que tout cela va nous donner une leçon. S’ils se parlent entre eux. Si le staff technique fait passer le message qu’il faut, les choses iront pour le mieux. Et surtout, croyons en nos Éléphants. Qui aurait cru qu’on allait gagner la CAN ici à domicile ? Tout peut arriver et moi je crois en ces jeunes.
. Croyez-vous en eux pour le Mondial qui vient ?
- Le mondial est un challenge pour tout joueur. Un joueur n’a pas besoin d’avoir une motivation supplémentaire pour y participer. Tous les clubs y sont et beaucoup viennent aussi pour recruter des joueurs. Ceci, pour vous dire que les Éléphants eux-mêmes ont leur destin entre leurs mains.
. À quel stade de la compétition voyez-vous arriver la sélection ?
- (Il réfléchit) Passons d’abord le premier tour. Nous avons une poule qui n’est pas facile mais nous pouvons tout de même passer le premier tour.

Par E. Cossa et G. Thom