Derrière un portail discret de Yopougon s’ouvre un univers que peu d’Abidjanais soupçonnent encore. Dès les premiers pas, le décor tranche avec l’agitation de la ville. De grands arbres offrent leur ombrage, des maisons simples racontent un pan de l’histoire ivoirienne, tandis que des espaces baptisés « Faut pas fâcher », ‘’Abla Pokou’’ ou encore ‘’Arafat DJ’’ rappellent que ce lieu est autant un sanctuaire des traditions qu’un témoin de la création artistique contemporaine. Une imposante termitière naturelle, dédiée à DJ Arafat après le tournage du clip ‘’ Lékilé’’, complète ce paysage singulier où se côtoient mémoire, nature et patrimoine.
C’est dans cette atmosphère que les membres de l’Union des Journalistes Culturels de Côte d’Ivoire (UJOCCI) ont effectué, samedi 1er août 2026, une immersion culturelle au Village Solidarité Théâtre Club d’Abidjan (Sotheca), dans le cadre de la célébration du 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Une visite guidée par le manager du site, Moïse Mambo, qui a permis aux participants de découvrir l’histoire et les multiples facettes de ce village artistique créé au début des années 1980 pour préserver et transmettre la culture authentique ivoirienne.



Au fil de la visite, les journalistes découvrent un espace de près de 2 000 mètres carrés où les danses traditionnelles, le théâtre, les rythmes du terroir et les savoir-faire ancestraux continuent d’être enseignés. Ici, plusieurs générations d’artistes se sont succédé. Des clips de Meiway, des Patrons ou encore de DJ Arafat y ont été tournés, tout comme des émissions télévisées devenues populaires telles que ‘’Faut pas fâcher’’ et ‘’Tempo’’.
Mais Sotheca n’est pas seulement un espace de spectacle. Le village revendique aussi une mission sociale. Les jeunes y sont formés gratuitement, parfois après avoir été retirés de la rue. Discipline, respect des valeurs africaines et éducation citoyenne constituent les fondements de cette formation destinée à faire des pensionnaires des ambassadeurs de la culture ivoirienne.
L’immersion s’est ensuite poursuivie par un numéro des Grands Plateaux de l’Ujocci, consacré au thème : ‘’ 66 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire : Yopougon, entre arts et culture, défis, enjeux et perspectives’’.



Face aux journalistes, le directeur général de Sotheca, Hyppolite Anoh, a dressé un état des lieux sans complaisance de son institution. Revenant sur plus de quatre décennies d’existence, il a rappelé que la vocation première du village demeure le rassemblement et l’encadrement de la jeunesse à travers les arts et la culture. « Notre premier objectif était de rassembler les jeunes et de maintenir cette cohésion au fil des années. Aujourd’hui, nous disposons d’un espace de près de 2 000 mètres carrés qui nous permet de poursuivre ce travail de transmission », a-t-il expliqué. Si le responsable se réjouit du rayonnement international de Sotheca, régulièrement sollicité à l’étranger pour représenter la culture ivoirienne, il regrette cependant le manque de soutien dont bénéficie le centre. Selon lui, l’absence de subventions limite les ambitions du village, pourtant engagé dans la réinsertion sociale des enfants de la rue et la sauvegarde des danses traditionnelles. « Nous faisons typiquement la culture ivoirienne. Notre regret est que les jeunes s’intéressent peu à notre art. Nous demandons simplement une subvention qui nous permettra d’accueillir davantage de jeunes désœuvrés », a-t-il plaidé, tout en précisant que Sotheca n’est pas menacé de déguerpissement mais souffre surtout de son enclavement et d’un manque d’accessibilité.



Malgré ces difficultés, Hyppolite Anoh refuse de céder au découragement. Convaincu que la culture demeure un puissant levier d’éducation et de réinsertion, il continue de croire en la jeunesse ivoirienne. « Je souffre de voir les enfants souffrir dans la rue. J’essaie de leur donner une seconde chance. La culture peut nous aider à redresser nos enfants », a-t-il confié, avant d’adresser un hommage appuyé aux journalistes culturels dont il salue le rôle dans la promotion du patrimoine national.
Une reconnaissance à laquelle a répondu le président de l’UJOCCI, Jean Marc Tonga, en remerciant Sotheca pour cette immersion qui a permis aux journalistes, selon ses mots, de « découvrir ou redécouvrir un haut lieu de la culture ivoirienne » et de mesurer toute l’importance de préserver un patrimoine vivant qui continue, malgré les obstacles, de transmettre l’identité culturelle du pays.
Par D.T.