Rarement une femme aura incarné avec autant d’ardeur la passion du livre et le désir de la partager. Même si elle n’est pas (pour le moment) auteure, en Côte d’Ivoire, Karidjata Diallo est une promotrice fervente de la lecture et du livre. Depuis 2022, ses ‘’Afterwork Toast et Littérature’’ (Atl), rendez-vous littéraires bimestriels d’Abidjan réunissent auteurs, lecteurs et critiques. Dans une ambiance conviviale, on y discute de livres comme d’autres parlent de musique, de cinéma ou de sport. Une révolution douce dans un pays qui rêve de devenir un véritable hub dans divers domaines dont celui de la culture. Et la littérature n’est pas en reste.
En mai 2025, par exemple, lors du 15e Salon international du livre d’Abidjan (Sila), le café littéraire était au centre du programme. De concert avec le commissariat général dirigé par Anges-Félix N’Dakpri, une cinquantaine d’acteurs de la chaîne du livre d’Afrique et des Caraïbes (écrivains, éditeurs, distributeurs, etc.), ont été honorés lors de la soirée dénommée ‘’Sila Legends’’. Et pendant trois jours, l’Atl s’est transformé en véritable “Show littéraire”, qui a mis en scène une dizaine d’auteurs : Marguerite Abouet, Christian Éboulé, Josué Guébo, Anzata Ouattara, Lisa Prudy, Gloire Wanief, entre autres.

Au programme, des débats, des confidences d’écrivains. Mais aussi ces moments privilégiés où le public peut dialoguer avec ceux qui façonnent les imaginaires. « Peut-être qu’il nous faut communiquer beaucoup plus pour que les gens sachent ce qui se passe à ce rendez-vous et nous rejoignent », expliquait Mme Diallo.
En effet, c’est surtout avec ses modestes moyens que la jeune femme se bat. Grâce à sa régie Pulaarku, spécialisée dans l’événementiel, elle parvient néanmoins à organiser des soirées féeriques. Cela permet de maintenir le cap, épaulée par quelques partenaires fidèles, dont le ministère de la Culture et de la Francophonie. Son rêve est que chaque ville ivoirienne dispose d’un Centre de lecture et d’animation culturelle (Clac) ou d’une bibliothèque municipale. Amadou Koné, ministre des Transports et président de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (Uvicoci) a accueilli avec faveur ce plaidoyer lors du Sila15. Reste à trouver les appuis nécessaires pour doter ces futurs espaces de livres et de personnel qualifié. Un défi de taille que Karidjata Diallo aborde avec foi.

Elle sème les mots… et sa passion
Cette passion de Mme Diallo remonte à sa jeunesse, nourrie de lecture. Elle va des thrillers aux fictions contemporaines, en passant par les romans classiques ou les essais de développement personnel. « Les thrillers, c’est comme des films !», affirme-t-elle. « J’aime beaucoup Douglas Kennedy notamment son livre ‘’L’homme qui voulait vivre sa vie’’, ou encore John Grisham. Et puis, il y a Hampaté Bâ, le “pépé”, et bien sûr Thierno Monénembo que j’admire énormément ».
En décembre 2024, l’Atl a eu l’honneur d’accueillir Djaïli Amadou Amal, l’auteure camerounaise multi-lauréate, venue présenter ‘’Les Impatientes’’. Ces moments de partage sont aussi le symbole de la vocation panafricaine du projet qui cible les auteurs du continent.

L’initiatrice d’Atl est également présidente de l’Ong Actives (créée en 2015) qui œuvre pour le leadership et l’autonomisation des femmes. Mais c’est dans les livres qu’elle puise sa force et sa vision. Pour elle, promouvoir la littérature, c’est offrir à la jeunesse un espace de liberté, d’expression, de rêve et d’ouverture d’esprit.
E. C.